Autour des films – Tata Cedró, l’incontournable

Tango

Le point culminant du Panorama Tango, qui a proposé trois films abordant la danse, la musique et la poésie, sera sans doute la projection samedi soir à 20h à la Cinémathèque du documentaire inédit sur Juan “Tata“ Cedrón, personnage étonnant et contradictoire à qui le réalisateur Fernando Pérez a consacré son documentaire El regreso de JuancitoCaminador.

S’il y a eu retour, c’est qu’il y a eu départ. En effet, Juan Cedrón, guitariste et compositeur, a dû s’exiler à Paris en 1974, dix ans après avoir créé son groupe en Argentine. Il avait ouvert à Buenos Aires le café-concert Gotán (tango en verlan) en 1965 puis, au début des années 1970, l’Atelier Garibaldi. Ces deux lieux, propices aux rencontres, ont été une véritable source d’inspiration pour toute une génération d’artistes.

Avec son CuartetoCedrón (et notamment Miguel Praino à l’alto et César Stroscio au bandonéon), il ne cesse de créer, de façon singulière, son propre tango poético-politique, en militant sans relâche pour les droits de l’homme et de la poésie. Il mettra en musique de très nombreux poètes (Francisco Urondo, Juan Gelmán, Carlos de la Púa, Raúl González Tuñón, Julio Cortázar, Acho et HomeroManzi, Luis Alposta, mais aussi Bertolt Brecht ou César Vallejo), en faisant du tango son langage de lutte.

Au cours de ses innombrables tournées musicales à travers l’Europe, il rencontre Paco Ibañez et Enrique Morente qui témoignent de leur amitié dans ce documentaire. Il croise aussi, sur les quais de scène, Eduardo Makaroff, l’argentin de Gotan Project.

Ici, on voit Tata Cedrón sans fard, avec ses illusions, ses accès de colères et de rire aussi. Avec sa façon bien à lui de se frayer un chemin, original pour les autres, évident pour lui et les siens. Sans succomber ni à la mode ni au politiquement correct.

Son récent retour en Argentine en 2004 lui permet de retrouver son quartier d’enfance, Saavedra, ainsi que la reconnaissance des siens, sans parler du défi enfantin enfin relevé : se faire tatouer à plus de 70 ans alors qu’il exulte auprès de ses pairs sur la grande scène de l’énorme fête du bicentenaire en 2010, sur l’avenue 9 de julio. Tata Cedrón continue sa lutte, devenue un art de vivre.

Cette projection sera précédée à 19h30 d’une démonstration de tango dans le hall de la cinémathèque avec Patrice Dorgans et Anne-Marie Beyssen.

Le festival Tangopostale dont la 4ème édition se déroulera du 2 au 8 juillet 2012 vous recommande ce documentaire. Et en avril prochain, l’association Tangueando, partenaire du Panorama Tango fête ses 20 ans !

 

Solange Bazely

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