Rencontre avec Eduardo Nunes

Nunes

SUDOESTE
Eduardo Nunes
Brésil – 2011 2h08

Dès les premiers plans du long-métrage Sudoeste, le spectateur est plongé dans un autre temps, un monde à part, un coin perdu du Brésil où le vent souffle en rafale, portant avec lui, mystères et magie. La fable, que nous conte Eduardo Nunes, aborde les thèmes de la renaissance, de la mort, du temps qui passe. Pour lui, « la chose la plus importante est de raconter l’histoire d’une femme dont la vie se déroule en une seule journée ». Pour permettre au spectateur d’entrer dans cet ailleurs, il nous explique la nécessité de créer un univers unique sans connexion possible avec la réalité : « Nous avons choisi comme lieu de tournage, un vieux village abandonné depuis plus de quarante ans, tout a été fait pour brouiller les pistes spatio-temporelles : le décor, les costumes et les accents des acteurs participent à construire cet ailleurs. »

Eduardo Nunes nous propose d’entrer dans une bulle éphémère, celle de la vie de Clarice. Une robe blanche comme repère, nous la suivons dans les différentes étapes de sa vie, tandis que les autres personnages vivent cette même journée, comme une parmi d’autres. Savamment orchestrées par le réalisateur et son chef opérateur Mauro Pinheiro: « le choix de tourner en noir et blanc s’est imposé dès que nous avons trouvé le lieu de tournage, nous voulions que cette histoire s’inscrive dans un temps révolu et le noir et blanc permet cette distance par rapport à la réalité. »

Un personnage crucial donne au film toute sa valeur mystique: une vieille femme, Iraci, interprétée par Léa Garcia, campe le rôle d’une sorcière, femme retirée du monde, entourée de grigris, habitant une cabane sur pilotis éloignée de tout mais posant son regard sur le monde et sur tout un chacun. On ne sait d’où elle vient mais sa présence seule, intrigue et inquiète.

Enfin, on ne peut parler de Sudoeste sans évoquer son personnage central : le vent, parabole du temps qui passe. Dès le départ, la bande sonore est saisissante, ce vent venant de la côte brésilienne, et qui porte par un heureux hasard le même nom de Sudoeste, ne quitte jamais le spectateur, il nous emporte et nous fait réfléchir sur la notion de la vie, de la mort. Ce film, travaillé comme une toile avec la finesse du pinceau d’un peintre, en émerveillera plus d’un !

CLEMENTINE

++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

Mauro Pinheiro et Eduardo Nunes se sont rencontrés lors de leurs études de cinéma à Rio de Janeiro. Si vous souhaitez retrouver la patte photographique de Mauro Pinheiro, voici quelques idées de films : La falaise argentée de Karim Ainouz, Une famille brésilienne de Walter Salles, ou bien encore Cinémas, aspirines et vautours de Marcelo Gomes.

Les commentaires sont fermés.