Violeta Parra, « Paloma ausente »

Violeta

Violeta Parra (1917-1957) constitue aujourd’hui une référence de la musique populaire chilienne dans le monde entier. De la même façon, cette femme exceptionnelle, chanteuse, compositrice et compilatrice du folklore, artiste plasticienne et, entre autres, poétesse, semble regagner peu à peu une place privilégiée dans l’imaginaire du peuple chilien.
Cependant, la reconnaissance du talent et du génie de Violeta Parra s’est consolidée, en premier lieu, à l’étranger. Pendant de longues années, on a très peu voire quasiment pas parlé de l’œuvre ni de la figure de Violeta Parra au Chili. 
Cet oubli peut s’expliquer par diverses raisons : de genre, puisque Violeta était une femme singulière dans un pays patriarcal (on parle beaucoup par exemple des aventures amoureuses de Violeta et de sa faiblesse pour des hommes plus jeunes); de classe, puisque ses origines étaient très humbles et paysannes; politiques enfin, parce qu’elle est considérée comme étant « la mère » du mouvement de « la nouvelle chanson chilienne ».

Un des plus grands apports de Violeta Parra à la chanson populaire chilienne a été de lui conférer un fort contenu social et de l’envisager comme un outil de revendication, loin des trivialités et des vers faciles, ajoutant beauté et poésie aux paroles. « L’obligation de chaque artiste, disait Violeta, est de mettre son pouvoir créateur au service des hommes. Il était déjà dépassé de chanter sur les fleurs et les ruisseaux. Aujourd’hui, la vie est plus dure et l’artiste ne peut ignorer la souffrance du peuple ».

Ainsi, Violeta Parra, dans sa triple condition de femme, subversive et marginale, a personnifié l’émergence de cette nouvelle conscience, pas seulement en Amérique latine, mais dans le monde entier. 
C’est pourquoi, pendant les années de dictature, le nom de Violeta Parra a été interdit et ses disques détruits. On n’entendait sa voix ni à la radio ni dans les fêtes populaires; on ne la connaissait que comme la créatrice de la chanson à succès « Gracias a la vida », reprise par de nombreux artistes étrangers. Suite au coup d’État de 1973, le « chapiteau » de la famille Parra fut fermé et ses enfants Isabel et Angel durent partir en exil. 

La dictature du Pinochet s’achève en 1990.

Toutefois, la figure de Violeta Parra est demeurée dans l’oubli, récupérée de temps en temps par des chanteurs populaires ou pour des événements politiques de gauche, comme symbole des luttes sociales marginales. Même si ses œuvres ont été exposées à deux reprises au Musée du Louvre (en 1964 et 1997), l’œuvre visuelle de Violeta a dû attendre 50 ans après sa mort avant d’être exposée publiquement au Chili. 
En 1991, Isabel, la fille de Violeta, est revenue d’exil et a créé la « Fondation Violeta Parra ». Grâce à cette fondation, l’héritage artistique de Violeta a commencé à être rassemblé et sauvegardé, et sa figure à reprendre vie.
Pendant le gouvernement socialiste de Michelle Bachelet, les broderies de Violeta Parra ont été exposées au Musée de la Moneda. Un musée destiné à accueillir son œuvre devait commencer à être construit en 2011. 
C’est dans ce processus de récupération de la mémoire d’une personnalité fondamentale de l’histoire du Chili que s’inscrit le film d’Andrés Wood, « Violeta se fue a los cielos ».

Aujourd’hui, soit par effet de mode, soit par justice historique, les choses semblent donc changer. La figure de Violeta Parra est en train d’être récupérée à travers différentes expériences créatives et populaires, telles que graffitis, concerts, hommages, qui prétendent solder cette grande dette d’ingratitude et reconstruire une mémoire publique et collective. Il semble que ce soit justement cette culture populaire, au sein de laquelle toute sa vie l’artiste a œuvrée, qui puisse témoigner aujourd’hui de son originalité, de son charisme et de son mystère, en la sauvant de la longue nuit d’omission qui toujours l’a poursuivie.

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