Sibila Arredondo et sa résistance dans les prisons de Fujimori

« La liberté est relative et elle a un caractère de classe, comme autant d’autres facteurs »

Sibila

L’anthropologue chilienne Sibila Arredondo a été enfermée pendant quinze ans dans la prison de haute sécurité de Chorrillos, au Pérou, accusée d’activités terroristes liées au Sentier Lumineux. Elle a fait partie des prisonnières politiques du gouvernement du président Fujimori (1990-2000), au sein d’un des systèmes pénitentiaires les plus restrictifs appliqués en Amérique latine durant l’époque contemporaine. Cette femme, dont les procès ont été cousus d’irrégularités, est considérée comme une survivante d’une des prisons les plus féroces du monde, où elle a vécu dans des conditions misérables, et a été soumise à des tortures physiques et psychologiques.

Après des années de lutte et de pression, notamment de la part de ses enfants et de sa mère, la poétesse chilienne Mathilde Ladron de Guevara, Fujimori accorde l’expatriation de Sibila au Chili en échange de sa renonciation à la nationalité péruvienne. Sibila refuse et choisit de prolonger sa condamnation.

On peut comprendre les raisons de ce refus en fonction des convictions politiques et sociales de Sibila, qui a transformé ses longues années de captivité en une lutte optimiste et radicale, marquée par d’innombrables grèves de la faim qu’elle fait pour obtenir des améliorations de la qualité de vie des prisonniers politiques.

En captivité, cette femme a poursuivi un combat épique pour conserver la raison et la dignité, les siennes autant que celles des autres femmes, dans un contexte particulièrement hostile. Le gouvernement de Fujimori a été confronté à la Commission des Droits de l’Homme concernant les droits des prisonniers accusés de terrorisme, souvent privés de procès justes, les disparitions forcées et l’impunité totale des violations des droits de la personne perpétrés par l’Etat. Quasiment aucune des prisons de Fujimori ne remplissait les conditions minimales établies par l’ONU concernant le traitement de plus de cinq mille prisonniers politiques. Par ailleurs, ce même organisme a exigé, en 2000, la libération immédiate de Sibila, que le gouvernement péruvien n’a jamais accordée.

C’est ainsi que Sibila s’est battue en enseignant le français et la philosophie à ses compagnes de prison, dans des conditions très précaires (sans papiers ni crayons), et en organisant, malgré leur isolement forcé, un système de déléguées qui essayaient de dialoguer avec les autorités de la prison pour obtenir des changements sur les conditions de détention, entre autres actions.

Dans un régime impitoyable de réclusion de 23 heures par jour à l’intérieur de cellules de deux mètres et demi par trois, Sibila et ses compagnes n’avaient la permission de sortir voir la lumière du soleil qu’une demi-heure par jour. Pendant ce temps, elles en profitaient pour lire, faire du théâtre ou de la poésie, faire la cuisine. Sibila n’a jamais arrêté de se battre pour la récupération de la dignité dans les moindres espaces de sa vie quotidienne.

Sibila Arredondo a été libérée en 2002. Le jour de son départ, ses camarades lui ont rendu un vibrant hommage et lui ont dit au revoir avec beaucoup d’affection et de tristesse… Elle habite actuellement en France et continue de réclamer l’amnistie pour tous les prisonniers politiques des prisons péruviennes.

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